LES ETATS GENERAUX DE L'ENFANT

Publié le par La Vie Nature

 

        LES ETATS GENERAUX DE L’ENFANCE

                           Mars –Avril 2010

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Comment rendre nos enfants heureux ?

Le magazine L’Express fait le point

Par Claire Chartier, publié le 10/03/2010

Des châtiments corporels, où l’idée de « rendre l’enfant heureux »
ne se posait pas, à l’enfant –roi où il ne faut surtout pas le fruster,
il semblerait qu’un juste milieu se fasse jour.

Le temps des « pour » ou « contre » Dolto semble dépassé.

 LA VIE NATURE vous propose un tour d’horizon en 2 parties sur les
« nouvelles tendances » pour éduquer nos enfants.

1ère partie :
Les grands innovateurs en pédagogie

                                     Les nouvelles tendances : Fixez des règles et écoutez (Claude Halmos)

                                                                                                                                 Donnez leur le souci des autres (Daniel Marcelli)

                                                                                                                                N’en faites pas des bonsais ( Sylviane Giampino)

                                                                                                                               Frustez les aussi (Didier Pleux)

       Jamais les parents ne se sont posés autant de questions sur leur éducation et leur épanouissement. A l'heure des états généraux, quatre spécialistes
répondent.

Où en sommes-nous aujourd'hui? L'enfant, dont les droits sont désormais reconnus par les pouvoirs publics et les institutions internationales, occupe une place complexe: si d'un côté il est de plus en plus désiré, entouré, écouté, soutenu, il subit de plein fouet les conséquences des déboires conjugaux de ses parents comme il apparaît aussi victime de maltraitances diverses, mises en évidence depuis la fin des années 1990", souligne la sociologue Martine Segalen, qui publie un livre passionnant,
A qui appartiennent les enfants? (Tallandier).

La protection de l'enfance est d'ailleurs au coeur des états généraux organisés par la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, jusqu'à la fin avril. L'Express a consulté quatre spécialistes sur cette épineuse question du bonheur.

 

Un enfant heureux? En voilà une question! Il y a trente ans encore, nul parent n'aurait songé à se la poser, du moins en des termes aussi abrupts. 

La France de l'enfance :

D'après l'Insee, en 2005, 63 % des 13,5 millions d'enfants français (de 1 à 18 ans) vivaient avec leur père et leur mère, 16 % avec un seul parent.

En 2006, 1,2 million d'entre eux appartenaient à une famille recomposée. Dans son enquête comparative de novembre 2009, l'OCDE classe la France en 6e position: 7,6 % des enfants de l'Hexagone vivent dans des ménages pauvres (contre 12,6 %, moyenne OCDE).           


En revanche, notre pays ne se distingue pas pour la qualité de sa vie scolaire et, si les adolescents s'y suicident moins que la moyenne, ils fument plus et font un peu moins d'exercice physique.

 

 Longtemps, l'éducation a pris le visage appliqué des écoliers en blouse grise de Robert Doisneau: sa tâche consistait à modeler des êtres obéissants, conformes aux exigences d'une société soucieuse de ses codes et de ses hiérarchies. Coups de règle et "Merci madame" à volonté. Il était recommandé aux parents de muscler le tempérament de leur rejeton en enseignant à l'enfant "à devenir maître de lui", écrivait en 1952 l'abbé

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François Dantec dans son ouvrage destiné aux familles, Foyers rayonnants.

Pour cela, il faut discipliner ses premiers caprices. C'est la période du "dressage de la toute première enfance", précisait l'intraitable curé. Ignorés au XVIe siècle, découverts au XVIIIe siècle, ces petits êtres remuants et braillards ne deviennent objet d'étude qu'à la fin du XIXe. On découvre, avec la puériculture, les soins spécifiques à leur prodiguer. La psychologie se penche sur leurs besoins affectifs.

Mais il faut attendre encore quelques décennies et les leçons du Dr Freud pour qu'un Jean Piaget, un Henri Wallon ou un Donald W. Winnicott renouvellent entièrement le regard de la société sur ses enfants, en révélant toutes leurs potentialités. Les chercheurs se penchent sur le sujet, pour ne plus le lâcher.

Maria Montessori et Célestin Freinet jettent les bases des pédagogies nouvelles dont les enseignants feront grand usage après Mai 1968.

 

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Avec l'arrivée de la pilule, les petits, moins nombreux, n'en sont que plus chéris et cajolés. Portée par l'effervescence conceptuelle et libertaire des années 1970, Françoise Dolto ajoute de nouveaux mots au lexique pédiatrique: autonomie, épanouissement, désir, liberté. "L'enfant est une personne", clame la psychanalyste vedette sur les ondes de France Inter. Il ne s'agit plus seulement de l'éduquer, mais de le comprendre.

 

Claude Halmos(1): Fixez des règles mais écoutez

1*Psychanalyste, auteur de « Grandir» (Fayard).

« Rendre un enfant heureux, c’est d’abord faire grandir en lui le sentiment de sécurité intérieure.

Les parents doivent mettre des limites, en expliquant que celles-ci sont les mêmes partout dans le monde et pour tout le monde, jeunes et vieux. L’enfant va ainsi prendre conscience qu’il vit dans un univers balisé dans lequel ses pulsions sont réfrénées, ce qui le rassure. L’estime de soi aussi est importante : elle naît du sentiment que, quoi qu’on fasse, nous sommes une source de bonheur pour nos parents.

                        Les adultes doivent accompagner l’enfant.

Cette estime se construit à partir de l'autonomie ; les adultes doivent accompagner l'enfant, le féliciter lorsqu'il réussit. Il faut également expliquer le pourquoi des interdits et permettre à l'enfant, après coup, de discuter de la situation conflictuelle. Ce qui ne signifie pas faire de la parlote ou remettre la règle en question - obéir ne se discute pas - mais il faut aussi écouter ce que l'enfant a à dire pour lui permettre d'avancer, comme l'expliquait si bien Françoise Dolto.dolto.jpg

Cela lui montre qu'on le prend au sérieux, sans pour autant lui donner une place d'adulte. On lui parle de ce qui le concerne, pas du reste. Et ce n'est pas parce qu'on explique la règle qu'on doit attendre, pour l'appliquer, que l'enfant en soit convaincu. L'accès à la culture est aussi un grand facteur d'épanouissement. Enfin,

 

« n'oublions jamais que l'enfant devient ce qu'il est appelé à devenir, pas ce qu'on avait rêvé qu'il devienne."

 

 

Daniel Marcelli (2): Donnez-leur le souci des autres

(2) Pédopsychiatre, auteur de «  Il est permis d'obéir » (Albin Michel).

 

Aujourd'hui, toute la question est de savoir comment permettre à l'enfant d'accéder à la nécessaire connaissance des contraintes de la vie, sans que cette perception soit pour lui une entrave à son épanouissement et sans, non plus, que son épanouissement ne se fasse au détriment des autres.

La "réalisation" de l'individu est désormais la valeur fondamentale de notre société, mais la valeur structurante de l'éducation, c'est le lien social. Les parents vont donc avoir pour tâche de fluidifier le passage entre ces deux pôles.

Si l'objectif consiste à faire penser à chacun: "Ma vraie nature, c'est de faire ce que je veux", comment voulez-vous qu'enfants et adultes soient heureux? On peut faire comprendre ce message éducatif à son enfant en n'esquivant pas systématiquement ce qui lui cause du désagrément. On peut lui dire, par exemple: "Ce que je t'impose ne te fait peut-être pas plaisir, mais tu gagnes à l'accepter plutôt qu'à t'installer dans une rébellion constante." Et la meilleure façon de se faire comprendre, c'est en donnant soi-même l'exemple. Il faut le répéter : les parents sont de puissants modèles d'éducation pour leurs enfants.

S'ils considèrent eux-mêmes que toute entrave est inacceptable, ils présentent à leur enfant un modèle perverti."

 

Sylviane Giampino (3): « N’en faites pas des bonsais»

(3) Psychanalyste, auteure de «  Nos enfants sous haute surveillance », avec Catherine Vidal (Albin Michel).

Les enfants avancent à leur rythme. Or, aujourd'hui, ils sont entourés d'adultes qui, pris dans une course permanente, cherchent à aller avec eux de plus en plus vite, et de plus en plus tôt. On leur demande dès 2 ans d'être conscients des autres, socialisés et sages. Alors que jusqu'à l'âge de raison, vers 7 ans, les enfants ont besoin de bouger, de "désordonner" le monde pour le connaître. A chaque étape, on anticipe.

Résultat: on en fait des mini-bonsaïs psychologiques! Cette pression exerce une véritable contention sur eux. Et mine de rien, au nom de l'apprentissage précoce, on en revient aux années 1960!

Pourtant, les enfants soumis de plus en plus précocement à ce désir de réussite sont aussi menacés de plus en plus tôt par l'échec. Pour qu'un jeune s'épanouisse, il faut aussi que l'adulte l'invite à rejoindre son monde avec enthousiasme. Or, le futur est de plus en plus souvent dépeint comme incertain et la société, menaçante. Il faudrait que les parents veillent à ne pas transmettre leur inquiétude.

Autre problème: à la maison, la relation parents-enfants se vit sur le mode de la discontinuité: les appels du téléphone portable, le PC qu'on allume pour consulter un mail ou jouer à un jeu vidéo... Chez l'enfant, ces fragmentations perturbent le sentiment du lien continu avec sa famille. Réinventons des rituels de retrouvailles dans lesquels l'extérieur n'interfère pas.

 

Didier Pleux (4): Frustrez-les aussi

(4) Didier Pleux, psychologue comportementaliste, auteur de « Un enfant heureux » (Odile Jacob)

Nous payons aujourd'hui trente ans d'approche inspirée de la psychanalyse freudienne, qui fait primer le désir de l'enfant et son épanouissement, son autonomie. Il s'agit non pas de rétablir le dressage, mais d'exercer une véritable autorité en amont, avec amour bien sûr.

On rend un enfant heureux en l'amenant à trouver l'équilibre entre le principe de plaisir et le principe de réalité, autrement dit en l'aidant à faire l'apprentissage de la vie telle qu'elle est, avec ses bons et ses mauvais côtés.

 Et la meilleure manière d'y parvenir est de lui apprendre à affronter la frustration, dès tout petit.dolto2-copie-1.jpg

Contrairement à ce que disait Françoise Dolto, un enfant n'a pas que des droits, il a aussi des devoirs, des contraintes. Un parent doit pouvoir imposer à son petit de 3 ans un temps de sieste, car il en a besoin, même si l'enfant ne veut pas. 

Commentaire LVN: je n'ai pas l'impression que Françoise Dolto ait dit que l'enfant a tous les droits! bien au contraire.

A l'adolescence, âge des mondes virtuels et du centrage sur soi, les jeunes qui n'ont pas été suffisamment confrontés au principe de réalité sont en demande d'un modèle affirmé de parentalité. Il est alors nécessaire de leur apprendre la tolérance à la frustration. Les parents doivent aussi éviter d'accentuer l'ego de l'enfant en ne lui parlant que de lui ou de ce qu'il fait, éviter de "surcommuniquer" (le faire plutôt créer ou agir), éviter encore de le surprotéger (car trop protéger affaiblit), et penser à lui ménager des temps d'ennui, des temps de rien."

 

 

Si vous voulez en savoir plus :

Martine Segalen :     « A qui appartiennent les  enfants » Ed Talandier

Claude Halmos :      « grandir » Ed Fayart

Daniel Marcelli :      « Il est permis d’obéir » Ed Laffont.

Sylviane Giampino :

et Catherine Vidal    « Nos enfants sous haute surveillance » Ed Albin Michel

Didier Pleux :           « Un enfant heureux » Ed Odile Jacob

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Publié dans Famille - Enfants

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