CHRONIQUE DOLTO N°3

Publié le par La Vie Nature









Chronique 3
Françoise DOLTO 

 

Suite ...et fin



 

Madame Dolto nous rappelle sans arrêt que son but n’est pas de donner des conseils à appliquer à la lettre mais d’aider les gens à réfléchir par eux-mêmes.

On continue ?

 

La notion de danger : Vers 17/18 mois, c’est l’époque du touche à tout ;

il faut préparer l’enfant à la connaissance des limites de son corps, à toucher les objets en les nommant plutôt que de se polariser sur le pipi-caca ; la maitrise de son corps vient après la maîtrise des ses limites physiques. Il ira aux toilettes comme les grands quand il voudra  les imiter : Que de drames (qui finissent en thérapie bien des années plus tard parfois, par obsession de la propreté, obsession du contrôle sur son corps etc.).

 

L’ordre et le désordre : on ne peut pas lui enseigner à ranger avant 4 ans ; avant,  ça peut le rendre obsessionnel, maniaque (ou le rendre à l’inverse désorganisé).Il a besoin d’un fatras personnel qui l’entoure. Ranger seulement quand les jeux sont terminés, (puisque l’enfant se construit par imitation de son environnement, attention pour les parents maniaques du rangement de ne pas leur transmettre cette obsession !).

C’est à 15 ans qu’il range avec son ordre personnel. Le désordre, l’étalage de ses objets peut indiquer son désir d’étaler son territoire, et aussi de s’opposer au modèle pour devenir lui. ( les chambres de certains de nos ados !!!!). Il faut respecter cet espace à condition qu’il ne déborde pas sur le nôtre.

 

La peur de tout, en particulier des bruits :

il faut l’aider à apprivoiser l’environnement auditif (connaître le sens des bruits pour qu’ils ne fassent plus peur). «Mamaliser »les actes : faire avec lui les choses quotidiennes le rassure. Dessiner tout ce qui fait peur (aspirateur etc.) et fait du bruit.


Les caprices :

 Ils commencent vers 2 ans et demi et ne s’installent que parce qu’on les appelle caprices. L’enfant veut expliquer quelque chose que l’adulte ne comprend pas ; l’écouter mais ne pas céder.

 

Le boudeur :

La bouderie nait d’un sentiment de détresse devant l’humiliation : on se ratatine dans sa coquille (moyen de protection : la fuite  plutôt que le face à face).

L’enfant boudeur est souvent hypersensible et doté d’une forte personnalité qu’on a voulu faire céder.

 

Le rapporteur : c’est pour faire gronder l’autre quand on a des parents grondeurs.

 

L’enfant qui tape sa mère :

C’est le jeu de «qui commande». Peut être a-t-elle été tapée par quelqu’un. Dédramatiser surtout, pour stopper le jeu et éviter l’escalade.

 

L’enfant non prêteur :

Respecter cela. Donner seulement parce que ça fait plaisir. C’est seulement l’enfant qui doit décider de ce qu’il veut jeter comme vieux jouet. L’enfant se comporte comme on a été avec lui : parents donneurs, enfant donneur.

 

L’enfant menteur (ou qui déforme la vérité) :

Fiction et réalité ? Peur du châtiment ?

Pour se disculper, il cherche à entrer  en contradiction avec ses parents.

 

Le voleur :

Le troc est nécessaire chez l’enfant ; il y a  un bénéfice réciproque d’où peut naître un lien d’amitié.

Voler est une compensation à quelque chose qui manque (et l’adulte apparemment nanti qui vole : carence affective, besoin de reconnaissance, besoin de se sentir exister?).  

 Au jeune enfant, qui vole, dire de « commander ses mains »quand il veut chiper quelque chose. «Toi tu ne veux pas voler, ce sont tes mains » ; cela renforce son sentiment de fierté ;  bien plus efficace que de lui inculper la notion de faute, de mal. Voyez vous, on peut faire grandir un enfant dans le dialogue, la confiance : bien sûr notre patience et fatigue ne sont  pas à tout épreuve et il doit apprendre que ses parents ont des failles, des colères, des attitudes paradoxales en même temps qu’il les idéalise).

 

L’adulte menteur, boudeur et autres travers  s’enracine dans l’enfant boudeur, menteur, il est guidé par des affects demeurés infantiles (être adulte n’est pas une question d’âge, mais de maturité qu’on peut avoir très jeune...parfois jamais !).

 

 En chaque enfant naît et se développe le projet intuitif d’être considéré comme une grande personne. Aussi attend-il qu’on ait à son égard le comportement et le respect qu’on a vis à vis d’un adulte. Il y a des enfants  qui portent leurs parents ; ils sont les premiers thérapeutes de leurs parents  qui, ayant refoulé enfants une partie de leur histoire la projettent sur leur enfant quand il a l’âge où ils ont souffert sans être entendus.

Le tragique  est que les humains n’arrivent pas à faire la différence entre la responsabilité et la culpabilité.

L’être humain est un être de langage dès sa conception. il y a un désir qui l’habite, il a des potentialités que nous soutenons ou négations. Si ce désir n’est pas tissé de langage, la fonction symbolique marche à vide, sans code, sans organiser un langage communicable. Nous ne croyons pas le bébé capable d’entendement de la parole  parce qu’il ne peut pas encore émettre de sons spécifiques  qui réponde à ce qu’il entend Mais si on observe sa mimique,, il répond à tout. C’est le langage qui soutient l’adaptation au réel.

 

L’adoption :

«Tu n’es pas né dans mon ventre mais tu as été dans mon ventre de cœur »

Attendre qu’il pose des questions pour lui dire qu’on est ses parents adoptifs car bien évidemment il doit savoir la vérité.

 

 

Un enfant adopte ses parents autant qu’ils  l’adoptent. Ne pas parler d’enfant naturel mais «  d’enfant de naissance ».

Un enfant qui vient d’une pouponnière n’est pas habitué aux cajoleries ; il faut y aller doucement car il pourrait se sentir agressé ; il recherche la compagnie  des autres enfants.

A 5 ans il cherche son identité ; adopter à cet âge n’est pas facile car dans son inconscient. il peut se sentir coupable (c’est parce que je suis « mauvais » qu’on m’a abandonné).

Quand il arrive dans sa famille d’adoption, il a besoin de créer avec elles des racines comportementales, des habitudes familiales avant d’aller vers le social.

 

« Ce qui est vécu tout petit s’engramme pour toujours »

Avec une histoire familiale identique, certains adultes s’en sortent très bien, d’autres non...les résilients et les non-résilients (cf Ruffo, « un vilain petit canard »).


L’important n’est pas de savoir ce qu’on a fait de nous, mais de savoir ce qu’on peut faire de ce qu’on a fait de nous » (Richard Lowen, père de la bioénergie).

 

 

Les jouets :

  Donner des jouets qui font rêver, imaginer, inventer, qu’il construit et déconstruit, des poupées humaines au beau regard. (des ballons à gonfler, c’est fantastique).

Les  cadeaux de noël....bonjour la déception des parents  parfois ! le père joue avec la voiture téléguidée...et l’enfant avec l’emballage.

 

Ce que fait l’enfant du jouet ne regarde pas les parents ; ça lui  appartient.


 


A partir de 6 ou 7 ans mettre les jouets des divers enfants dans la même caisse car ça évite la possessivité. C’est parfois la mère qui est possessive des jouets de son enfant et donc ça déteint (il n’y a qu’ ‘à voir comment se comportent certaines mères dans les jardins publics et aires de jeu !).

Une peluche ne doit pas être gigantesque (taille optimale, longueur du bras de l’enfant du doigt majeur au pouce).

 

L’enfant mauvais joueur : il croit que c’est bien de gagner alors que ça doit être du plaisir.

 

Le monde imaginaire de l’enfant : C’est naturel pour l’enfant d’avoir une pensée poétique : le pas-vrai et le vrai coexistent.

 

                 Le monde imaginaire est un fantasme qui le structure

 

IL a besoin des fantasmes de la vie et de la mort pour apprivoiser les mystères de la vie ; par exemple, jouer avec des fusils sert à se défendre de la cruauté de la réalité. Tout sert à le sortir de son impuissance en le rendant puissant.

Les contes de fée : racontés après 6 ans, ils répondent à ses craintes. Il n’écoute pas les histoires qui ne l’intéressent pas. Le père noël, c’est de la poésie et un personnage mythique. Ce n’est pas un mensonge car il existe dans le cœur de chacun, dans le « donner gratuitement ».

La jalousie : les tics en sont parfois l’expression.

Il faut la laisser s’exprimer, surtout quand elle sort en agressivité.

Les ongles rongés : vers 18 mois-2ans et demi, ça commence quand l’enfant n’a pas eu le droit de toucher à tout. Plus tard il compense en rongeant les ongles : c’est la seule chose qu’il peut faire... quand il ne peut pas faire sauf imaginer. Faire travailler la pâte à modeler, la pâtisserie, la terre…qui demande des doigts et de la matière. Ça passera par souci d’esthétique chez la jeune-fille !

 

Le pouce : sucer le pouce commence vers 3 mois. Après la tétée, l’enfant s’ennuie de sa maman alors qu’il a besoin d’échange et de conversation. Là encore il faut lui mettre des objets dans les mains si sa maman n’a pas le temps de converser avec lui.

 

La fascination du feu : tous les éléments de la nature (eau, feu, air, terre) fascinent. Punir l’enfant qui aime jouer avec les allumettes ne sert à rien ; le père peut aider. Cette attirance peut naître quand on guide sa main pour mettre les bougies d’anniversaire sur le gâteau et les allumer ; il ne faut pas guider un enfant à faire quelque chose  qu’il n’est pas capable de faire seul (par ex le mettre sur le siège du conducteur  pour « jouer à conduire »).

 

L’obéissance : Vers 18mois/2 ans, c’est le temps du « NON»  pour se séparer de sa mère et passer au «JE» .Avant cet âge, il fait « UN» avec sa mère donc n’obéit pas mais est induit.

Plus tard, l’enfant aime rendre service s’il y a complicité et non imposition. Il ne faut pas abuser de l’autorité  ou donner des tâches sans intérêt quand il manifeste l’envie d’aider.

Aider à grandir, c’est aussi aider à discerner et à contester.

 

La fessée : ça dépend des enfants et ce n’est pas forcément dramatique, mais il ne faut jamais d’humiliation en public.

La cruauté : il existe peu d’enfants « méchants » ! Ce sont souvent des troubles réactionnels. Des enfants précoces qu’on traite comme des bébés, ou bien dont on a exigé trop la propreté, ou qui imitent un ainé (qui par ex maltraite les animaux) ou le besoin de se sentir puissants peux donner ce genre de réaction. Mais l’enfant n’a pas conscience qu’il agit mal. Puisque la méchanceté est souvent due à une réaction inconsciente, les parents devraient parler et non réagir aussi violemment.

 

L’agressivité : c’est souvent un masque de défense pour s’empêcher de fusionner. Ce peut être un sentiment d’infériorité surcompensé  quand il ne peut pas exprimer ses sentiments.

Les gros mots : l’agressivité est indispensable au développement de l’enfant. Si elle ne sort pas, elle est refoulée  et des troubles organiques peuvent entrer dans le corps. Il faut empêcher l’agressivité physique par la verbalisation. (Par ex : «tu es en colère, va jeter les gros mots dans les toilettes»). Pour évacuer les tensions en classe, il faudrait instaurer des moments de RIRE. (La thérapie par le rire fait sourire et pourtant ses vertus sont fantastiques).

 Si on inculpe à l’enfant qu’il ne faut pas être batailleur, il ne saura pas se défendre et peut devenir bouc émissaire. Il faut lui apprendre l’auto-défense ; dans la naissance de la virilité c’est le père qui initie le garçon.

Quand l’enfant fait une crise de violence, la mère devrait s’éloigner, ensuite lui rafraîchir la tête et parler avec  lui ; bien souvent c’est la mère qui met l’enfant hors de lui, parfois parce qu’elle empêche inconsciemment son désir de liberté, d’indépendance.

L’enfant aime être en sécurité mais la mère peut s’autoriser à  dire : « des fois tu m’agaces ».Et vice-versa. Tout peut se dire si un rapport de confiance (basé sur l’amour) a été crée

 

Histoire de mon père, histoire de ma mère :

Certaines familles « sadisent» leurs enfants pour se sauver de leurs souffrances. Il y a souvent un laisser-faire d’un des conjoints. En dehors d’une cure de psychanalyse, bien peu d’enfants ont la possibilité de parler pour dire ce qu’ils ont à dire avant quatre, cinq ans de leur vie, de l’époque de leur vie dont les blessures les ont marquées, dont les cicatrices ne se sont pas refermées. Ce que la psychanalyse a découvert c’est le refoulement à 6-7 ans au plus tard de tout le vécu de l’enfance. Et ce sont les enfants, engendrés par ces adultes qui ont oublié leurs traumatismes d’enfance, qui réactualisent à l’insu de leurs parents et au même âge qu’eux ce qui -refoulé- n’avait pas pu être symbolisé.

C’est le propre de l’être humain que de pouvoir prendre en compte  l’histoire du père, l’histoire de la mère, l’histoire de la famille ; de pouvoir, finalement être chargé d’une énergie, d’une souffrance que les autres n’ont pas résolue. C’est une intuition extraordinaire de l’humanité, des relations émotionnelles de père en fils, de mère en fille.

 

Seul chaque enfant se donne la vie par son désir de vivre. Ne nous trompons pas sur le sens du : « je n’ai pas demandé à naître ». Ce déni émane souvent d’un enfant dont les parents dévorants ont tari en lui la source même du désir.

 

 

Accueillons au monde les désirants.

 

.

En trois chroniques  j’ai recueilli quelques graines de la pensée de Françoise Dolto.

Ce sont de simples pistes de réflexion ni plus ni moins.

Pour en savoir plus  sur la scolarité à temps choisi, (l’école actuelle, asile de nuit !), apprendre des psychotiques ( notamment des autistes), , vacciner l’enfant contre la maladie de la mère ou du père, « la Maison Verte » qu’elle a créée, lisez

 «LA CAUSE DES ENFANTS » (éd Pocket).

 

Entre l’enfant des siècles précédents à l’éducation rigide et l’enfant-roi en réaction, Françoise Dolto a ouvert un autre chemin : celui de

«l’enfant –apprenti adulte», guidé  avec le respect dû à tout être humain vers l’autonomie, l’authenticité, la responsabilité ; petit d’homme éco-responsable de lui même et de sa planète, en interdépendance avec les autres eux aussi éco-responsables de leur planète.

 

Merci Madame Dolto                                                     

                                                                               

                                                                                                   Geneviève pour LVN

Publié dans Famille - Enfants

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