CHRONIQUE DOLTO N°2

Publié le par La Vie Nature



Chronique N°2 – Françoise DOLTO

 

Continuons dans les pas de Françoise Dolto...pour de vrai.

 

Si l’on essaie de s’intéresser sérieusement aux enfants, il faut porter une attention toute particulière aux petits. Je pense que le travail est à faire avant quatre ans ; avant l’entrée à l’école. C’est le « passage » où il reste possible de les enraciner dans une identité irréductible à tout bourrage de crâne...

 

Je n’ai qu’une chose à dire aux hommes politiques. C’est de 0 à 6 ans que le législateur devrait s’occuper le plus des citoyens...

 

LE SEVRAGE (sous ses multiples formes, c’est à dire « séparation » de la fusion avec la mère).

  

C’est la mère qui doit se sevrer du corps de l’enfant. L’être humain est accroché à une histoire depuis son oeuf. Mais il ne peut se développer que si rien ne le brise du passé. Par exemple, un bébé qui tète ne peut être sevré que si la mère fait le même travail que lui. Si elle sèvre le bébé mais continue à l’embrasser sur son corps, partout - c’est à dire qu’elle a droit à son corps, avec sa bouche, alors que lui n’a plus le droit au corps de la mère avec la bouche - l’enfant vit une contradiction totale. Il devient un objet de jouissance, sans échange de plaisir.

 

Le territoire du bébé est celui de l’odeur, de l’espace et de la vue. Entre 2 et 6 mois, la maman doit faire attention à ne pas laisser son bébé à une personne étrangère sans l’avoir préparé à une autre présence et  ne pas  le déposer chez quelqu’un qu’il ne connaît pas ; c’est très traumatisant. Dans tous les cas lui donner un objet avec  l’odeur de la mère.

L’introduire très tôt à la vie sociale, surtout celle d’autres enfants s’il est  enfant unique. Attention à ne pas le surprotéger à cause de notre angoisse..

 

L’enfant à l’hôpital : la séparation hospitalière chez le jeune enfant est un agent de rupture relationnelle avec son identité.

Les nouveau-nés derrière une cloison. Les mamans ne peuvent ni entendre ni toucher leur bébé. Lui, n’entend pas le son de sa mère. Il n’est pas dans la confusion nocive de la nursery mais c’est un isolement nocif de la voix des adultes.

 

C’est dans la séparation réussie mère-enfant que prennent source la tolérance des différences, l’entraide entre les êtres humains, les amitiés structurantes...

 

L’objet transitionnel : (le doudou qui rassure, confident, protecteur et qui fait le lien  d’avant le sevrage). Il doit rester intact et ne pas être lavé.

Il ne faut en aucun cas laisser pleurer l’enfant trop longtemps. Lui parler sans penser qu’il ne comprend pas.

 

 

 

L’apprentissage de la propreté

 

Le pot :

Mettre l’enfant sur le pot seulement quand il en a envie, c’est à dire quand il a envie de faire comme les grands.

Arrêtons de tourner autour du pot. L’éducation n’est pas du dressage, alors ne pas féliciter l’enfant qui a fait dans son pot (un peu comme on donne une récompense à un chien qui a réussi son numéro de dressage...Ndr). Le « caca » ne doit pas être un sujet constant de conversation.  A partir de 2 ans et demi, le problème « caca » ne devrait plus regarder la mère.

Donner une explication écologique au «devenir » du caca (il ne disparait pas mais est transformé.).

 

Propreté aux repas:

A 5 ans, exiger la propreté à table et ne pas accepter qu’il mange avec les doigts. Après 2 ans, le laisser manger ce qu’il veut et « ne pas en faire tout un plat ».

 

La peur du noir :

L’enfant est naturellement protecteur. Par exemple lui dire : « ta poupée, ton ours a peur du noir ; c’est à toi de le  protéger» ; ainsi  il est rendu responsable et va faire « le grand » qui n’a pas peur grâce à l’objet transitionnel.

 

Dans la journée, jouer à colin-maillard peut aider.

Si l’enfant n’a pas sommeil, ne pas l’obliger à aller au lit, mais exiger qu’il laisse Papa et Maman se reposer (toujours ce fameux apprentissage de l’autonomie et du respect des autres). Il faut rassurer des peurs nocturnes ; on peut par exemple, dans la journée dessiner « ses » monstres puis jeter le dessin à la poubelle. Le dessin est une manière d’apprivoiser son imaginaire. Parfois il rêve de la mort d’un de ses parents et il croit que c’est mal or c’est une étape naturelle.

 

La mort :

L’enfant a conscience d’un ordre naturel des choses.

Un bébé n’est pas « débile » ! ; lui parler  normalement en lui montrant qu’il est un interlocuteur valable. Il comprend ce qui lui est dit de cœur à cœur. Surtout pas de voile ni de silence quand la mort nous touche et répondre à sa curiosité.

 

Lui expliquer que  « nous mourrons parce que nous vivons» et «que nous mourrons quand nous avons fini de vivre». (Non, ce n’est pas idiot). Lui parler aussi  du corps en terre mais lui dire que la part symbolique est en nous.

Un enfant qui meurt a sa place à garder. Il faut que le père le lui dise sans attendre les questions et aussi que l’on peut pleurer.

 

Si on ne dit rien à l’enfant, il construit des fantasmes. En cas de nouvelle grossesse, donner un autre prénom au nouveau-né.

 

A 3 ans il doit participer au deuil, qu’il comprenne ou non. Dès 7 ans lui expliquer que nous aussi ses parents  pourrions mourir et lui demander chez qui il se sentirait bien au cas où...

C’est normal qu’il ait des crises d’angoisse  et qu’il pense à la mort et même à la mort de ses parents. « Je vais mourir avec vous pour continuer à vivre avec vous». (Surtout à l’époque œdipienne, au moment de la perte des dents de lait, moment où il prend conscience de la caducité de toute chose et qu’il faut mourir à la relation de la petite enfance).

 

La sexualité.

L’affection est sexuée. Ne pas laisser de prérogative à l’enfant (tel que accepter un garçon dans le lit de sa mère ; cela gêne son développement).
Vers 6 ans parler de l’union sexuelle et surtout parler de l’amour de papa et maman l’un pour l’autre.

Répondre aux questions donne la notion de l’interdit de l’inceste.

 Bien expliquer que c’est tout autre chose que « Pipi Caca ». Répondre simplement aux questions ; les garçons peuvent poser les questions à leur père. Ne pas parler de « robinet ». Dire les vrais mots aux enfants : verge, pénis, vulve, vagin à partir de 6/7 ans.

 

Certains garçons  tapent les filles parce qu’elles n’ont pas de zizi ! (le macho en herbe).

Le père doit dans ce cas rappeler à son enfant. «  Quand j’étais petit, c’était pour moi aussi comme ça, mais je ne tapais pas les filles parce qu’elles n’avaient pas de zizi. »

 

La masturbation :
C’est un moyen de refaire une sécurité existentielle, ou bien ce peut être de l’ennui. De 3 à 7 ans, c’est normal. Après c’est dû à un désert de relations agréables. Mais surtout ne pas culpabiliser l’enfant. L’amener à comprendre que l’érotisme vrai est bien plus agréable.

Les enfants sont souvent l’objet de voyeurisme de la part de leurs parents.

Le meilleur des calmants, c’est le bain.

Sucer le pouce peut aussi être un ennui érotique.

 

 

Le rôle du père

Le père devrait, avant d’être le représentant de la loi, être aux yeux des enfants représentant du désir adulte pour une femme adulte. Le père doit apparaitre comme l’amant de sa mère, comme responsable du couple.

 

Il s’agit de donner à l’enfant l’image d’un couple de désirants vivants et non pas seulement d’associés utilisateurs du même espace.

 

Etre adulte, c’est avoir des prérogatives sur l’autre adulte, qui font que l’enfant est élevé dans ce couple, mais ne prend pas la place du père quand celui-ci est absent et que le père, quand la mère n’est pas là, ne joue pas la mère. Un soi-disant principe éducatif se passe de bouche en bouche : « le père et la mère doivent se comporter pareillement vis à vis de l’enfant».

 

« Aberrant, pervers ce principe ». Je crois que c’est sorti de la mode unisexe de vêtements, de coiffure. C’est la confusion.

 

L’argent de poche

C’est très important de se sentir responsable de soi.

Je conseille de payer aux enfants de petites corvées ménagères au lieu de les y contraindre. L’enfant se sentirait utile et pas seulement toléré. C’est de 9 à12 ans qu’un enfant apprend à faire tout ce qu’on peut faire dans une maison pour aider ; il apprend ainsi à le faire correctement pour pouvoir le faire ensuite chez d’autres personnes étant adolescent. Ce n’est pas dans sa famille qu’il le fera à 12-13 ans quand il aura besoin de sortir de sa famille et de se faire admettre dans d’autres familles.

 

 

Dans ces entretiens radio, Françoise Dolto parle de la petite enfance. Même si les principes d’authenticité et d’autonomie trouvent une suite logique dans l’adolescence, voici quelques références pour aider nos « grands » :

 

La cause des adolescents. Laffont 1988/ livre de poche 1992

Paroles pour adolescents ou le complexe du homard (petit livre à laisser traîner dans la maison) Hatier 1988//Livre de poche 1989/Gallimard 1999

 

Quand les parents se séparent Seuil 1988

 

Parler de la mort. Collection le petit Mercure

 

Parler juste aux enfants. Collection Le petit Mercure 2002

 

Vidéo : Tu as choisi de naître.

Parler vrai

N’ayez pas peur

 

Transmettre, ce n’est pas être parfait. C’est dire ce qu’on fait ou dire pourquoi on ne fait pas ce qu’on dit. Enseigner à un enfant que ses parents ont des contradictions, puisqu’il les reconnait tout de suite ! Mais que les parents les reconnaissent !

Enseigner à un enfant le sens critique, mais en sachant par rapport à quoi, en sachant ce qui est essentiel.

 

Et vous ? Des contradictions, des attitudes paradoxales dans votre comportement ????

Bonne lecture...en exerçant votre sens critique...

 

 

Prochaine chronique : Ordre et désordre ; l’enfant dans tous ses états/ (boudeur, voleur, menteur, agressif, etc.)/ L’adoption/les jouets/refus d’obéissance/le parler d’amour...

Publié dans Famille - Enfants

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